Une étudiante en droit de l’Université d’Ottawa se rend dans le Nord canadien pour apprendre aux jeunes Inuits à défendre la chasse aux phoques

Publié le mercredi 17 août 2016

En 2016 ce que voyait Anna Logie en ouvrant les yeux le matin sont les eaux de la baie de Frobisher et les sommets enneigés d’Iqaluit au Nunavut. Au cours de ses deux premiers mois dans le nord du Canada, elle a appris comment fabriquer un chapeau en peau de phoque, tenté sa chance à la pêche sur glace et fait de la randonnée pédestre près de la « route qui ne mène nulle part » dans la toundra.

Son séjour dans l’Arctique n’est pourtant pas synonyme de vacances : munie de sa bourse obtenue grâce au programme Étudiants pour le Nord canadien du Centre Michaëlle-Jean pour l’engagement mondial et communautaire, cette étudiante de deuxième année en common law à l’Université d’Ottawa voulait mettre en place un projet communautaire vital.

Des jeunes développent les compétences nécessaires pour défendre leur cause au centre jeunesse Makkuttukkuvik à Iqaluit | Youth work on advocacy skills at Makkuttukkuvik Youth Centre in Iqaluit

Des jeunes développent les compétences nécessaires pour défendre leur cause au centre jeunesse Makkuttukkuvik à Iqaluit.

L’idée derrière ce projet a émergé au cours d’une conversation avec la militante inuite Aaju Peter sur le déclin de la chasse aux phoques commerciale inuite dans l’Arctique canadien. En 2010, le Parlement européen a imposé une interdiction d’importer des produits du phoque, nuisant par le fait même à la longue tradition inuite de chasse et de commerce. Cette interdiction comportait une exemption visant les collectivités autochtones. Toutefois, comme cette dernière a été adoptée sans que les collectivités en question aient été consultées au préalable, elle ne leur a offert que peu de protection contre la chute des prix de la peau de phoque. Or, la chasse aux phoques est une activité vitale pour les collectivités vivant dans l’Arctique. En effet, selon l’organisation non gouvernementale Inuit Sila du Groenland faisant la promotion de la valeur économique, environnementale et socioculturelle de l’industrie du phoque inuite, « le phoque a toujours été essentiel à la survie dans l’Arctique, une des régions du monde présentant les conditions de vie les plus difficiles. Légale toute l’année, la chasse au phoque est une source de nourriture à la fois pour les humains et les chiens. Les habitants de cette région utilisent la peau de phoque pour rester au chaud pendant les hivers rigoureux et tirent des revenus importants des ventes de ce produit ».

Le phoque a toujours été essentiel à la survie dans l’Arctique, une des régions du monde présentant les conditions de vie les plus difficiles.  – Site Web d’Inuit Sila

Avec la fin de l’interdiction d’importer des peaux de phoque en octobre dernier, Anna Logie a perçu une occasion unique de revitaliser le secteur inuit de la vente des produits du phoque au Canada. Elle a soumis un projet visant la transmission du savoir traditionnel de la chasse aux phoques et le développement chez les jeunes Inuits d’Iqaluit des compétences nécessaires pour défendre leur cause.

Les jeunes apprennent comment utiliser les équipements audiovisuels pour réaliser une vidéo éducative pour le site Web d’Inuit Sila Canada | Youth learn to use audio-visual equipment to make an educational video for the Inuit Sila Canada website

Les jeunes apprennent comment utiliser les équipements audiovisuels pour réaliser une vidéo éducative pour le site Web d’Inuit Sila Canada.

Le projet se compose de 15 ateliers destinés aux jeunes, aux membres de la communauté, aux Aînés et aux chasseurs. Il est le fruit d’un partenariat entre le centre jeunesse Makkuttukkuvik, l’organisme Inuit Circumpolar Council Canada et une nouvelle division de l’organisme Inuit Sila appelée Inuit Sila Canada et dirigée par Aaju Peter. « Lors des ateliers, les Aînés et les chasseurs transmettent leur savoir traditionnel sur les phoques, puis les participants réfléchissent ensemble à des stratégies de promotion du secteur tout en développant diverses compétences qui leur serviront à défendre leurs intérêts », précise Anna Logie. On compte parmi les compétences traditionnelles enseignées les jeux inuits et les méthodes pour écorcher et dépecer les phoques et pour allumer une qulliq (lampe inuite à l’huile de phoque). Les compétences de défense des intérêts comprennent la manipulation de caméras, le montage vidéo, la prise de parole en public, la capacité de débattre et la communication interculturelle. De plus, la division canadienne d'Inuit Sila a désormais son propre site Web, qui affichera sous peu une vidéo éducative réalisée par de jeunes Inuits. L’étudiante en droit espère que ces jeunes « apprendront comment se tailler une place dans la société civile et les débats publics pour défendre les intérêts et les droits des Inuits ».

J’espère que les jeunes apprendront comment se tailler une place dans la société civile et les débats publics pour défendre les droits et les intérêts des Inuits. - Anna Logie

Pakak Picco, jeune chasseur inuit qui travaille avec Anna Logie, décrit de la manière suivante son expérience de la chasse aux phoques : « Les gens me demandent parfois ce que je fais lorsque je passe du temps aux côtés de l’animal que j’ai chassé. Je trouve merveilleux de pouvoir leur expliquer [lors des ateliers] que je remercie l’animal ».

Anna et Pakak participeront bientôt à une expédition de chasse aux phoques en mer, où ils aideront de jeunes membres de la collectivité inuite à filmer un segment de leur vidéo éducative, pièce maîtresse, avec leurs nouvelles compétences et leurs nouveaux réseaux, de leur stratégie pour braquer les projecteurs sur leur cause.  

 

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